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Quelques mots sur moi

J'ai passé mon enfance le nez dans les livres et la tête ailleurs. Entre les bouquins que je louais le mercredi après-midi à la bibliothèque après les cours de piano et ceux que j’achetais avec ma mamie à la sortie de l’école, ma pile de livres était bien plus grande que moi. 

Les livres, ça me plaisait tellement que j’ai commencé à les écrire moi-même. Dans des vieux cahiers, sur la machine à écrire du travail de papa, sur les pages de garde des livres de grands et même sur le velours du petit meuble en bois sur lequel papy posait son téléphone et ses lunettes. 

J’ai écrit des livres avant de savoir écrire tout court. Je faisais des boucles sur des feuilles de papier. Des boucles qui cachaient des tas d’histoires. Ma mamie les agrafait pour en faire des livrets et elle écrivait mon nom dessus. Puis, je lui racontais les histoires cachées dans les boucles. Elle trouvait ça très beau. Les boucles mais surtout les histoires. 

Tout naturellement, je rêvais de faire des mots mon métier. Mais on m'a dit que les mots, ce n'est pas un vrai métier. Et qu’un vrai métier c’est important. 

Alors, je me suis contentée de le rêver. Les mots ne m’ont pourtant pas quittée. On s’aime trop eux et moi. Ils mettaient du noir et du blanc sur les chagrins, les orages, les joies, les amours fous et les amitiés brisées. Ils restaient cachés dans des tiroirs. Enfermés par des cadenas. Ils étaient enfouis sous l’oreiller. Ils chuchotaient de mille petites voix aux creux de mon oreille quand le noir avait mangé ma chambre d’enfant. Ils dormaient au creux de mon cou quand la solitude et la peur prenaient des airs de géantes. Ils étaient mes meilleurs amis, mes amours secrets, mes anges gardiens. 

L’enfance derrière moi (ou à peu près), j’ai commencé par des études secondaires générales avant de m’orienter vers des techniques de transition en arts de la parole. J’y ai découvert la scène, le trac, l’esprit de la troupe, la rencontre avec le public et les techniques théâtrales de base. Et surtout, la joie de retrouver les mots. De jouer avec eux au service de celle.ux qui écoutent, de celle.ux qui regardent et qui les mangent copieusement. Ce sont sûrement ces années d'adolescence qui m’ont aidée à dépasser mes peurs quelques années plus tard pour monter sur scène et slamer ! Mais ça, c’est une autre histoire. Nous y reviendrons. 

A 20 ans, après une année peu fructueuse en langues et lettres françaises et romanes, j'ai suivi un bachelier pour devenir institutrice primaire. Puis, un master en psychopédagogie réussi brillamment. Mais je n'étais pas heureuse dans ce métier. Pas à ma place. Une petite voix me soufflait qu’un rêve n’était pas mort. Qu’il palpitait encore. Je n’ai pas entendu. Il y avait trop de bruits. Et les années se sont suivies. 

Curieuse de naissance, j'ai multiplié les formations et les petits boulots durant une quinzaine d’années. Enseignante, éducatrice, secrétaire de rédaction, journaliste sportive, accompagnante à la naissance et maman au foyer. Mais en août 2023, une formation pour devenir animatrice d’ateliers d'écriture change radicalement ma vie. Après cette semaine intense à écrire au quotidien tout à coup, l'oiseau dans mon cœur se remet à chanter : c’est ça ! C’est ça que je veux faire chaque jour de ma vie ! Ecrire, faire écrire, se baigner dans l’écriture jusqu’à ce qu'elle s'infiltre par tous les pores de ma peau. Un rêve d’enfant endormi dans un corps de femme et qui soudain ne veut plus vivre dans l’ombre. Un rêve qui veut sortir du tiroir et faire sauter les cadenas. Qui n’en peut plus de vivre sous un oreiller. Qui veut voir plus loin que le creux d’un cou. 

En octobre 2023, je découvre le slam au cours d’un atelier mené par Joëlle Sambi. C’est le coup de foudre ! Le slam devient une passion brûlante autant qu’un espace de revendications et de militance. Aujourd’hui, je sillonne les routes de Belgique de scène slam en scène slam. Je lis toujours autant. J’écris toujours plus. J'anime des ateliers d'écriture dans les écoles, les institutions, les associations mais aussi pour des particuliers chez moi, en ligne ou au creux de lieux sympas. Maman de trois tout petits, je pousse au quotidien les murs et les barrières pour laisser mes mots grandir enfin. Et pour que rien ne m’empêche plus jamais d’écrire... et de vous faire écrire.


Amandine Gillain

Crédit photo : Aurélien Scar art